—Qui es-tu, toi?...
Je le revis une autre fois, chez M. Robelin, qui l'avait invité à déjeuner. Ce jour-là, je lui présentai Ting-Tun-Ling, et nous lui demandâmes, très solennellement, l'autorisation de traduire en chinois les Trois Mousquetaires.
Épris des arts plastiques et de la beauté de la forme comme il l'était, Théophile Gautier ne pouvait manquer de s'inquiéter de lui-même et de son aspect physique: l'idée qu'il vieillissait, l'attristait infiniment.
—Personne, cependant, n'a été plus jeune que moi! s'écriait-il quelquefois.
Il allait alors se regarder, de tout près, dans les miroirs, «pour étudier les progrès, lents mais sûrs, de la décrépitude....»
Le résultat de ces observations s'exprimait par l'improvisation, paroles et musique, d'un récitatif comme celui-ci:
J'ai, plus je me regarde et plus je m'examine,
Le fond du teint très jaune et fort mauvaise mine....
Il réagissait, néanmoins, de son mieux. Sa toilette lui prenait toujours beaucoup de temps: il aimait les soins délicats, les bains odorants, les parfumeries fines, et regrettait toujours que les hommes fussent condamnés aux affreux habits modernes, qu'il voulait du moins sortant de chez le plus habile tailleur. Il nous confiait le soin d'arranger sa chevelure, de la bien lustrer et de lui donner un joli tour. Il se risquait parfois à me laisser peigner sa barbe; mais il était très douillet, et, si je tirais le moins du monde, il me faisait des grimaces bouffonnes, roulant des yeux terribles et grinçant des dents. Sa cravate, qu'il ne savait pas nouer lui-même, exigeait aussi une attention méticuleuse.
—Comment me trouves-tu? disait-il, lorsqu'il était prêt.
—Tu as l'air d'un beau lion, très fort et très doux.