Je suis près de toi et je ne peux arriver jusqu'à toi.
Ainsi, dans le désert, le chameau mourant de soif, dont toute la charge est de l'eau.
Mon père est enthousiasmé, l'image lui paraît admirable: il voudrait traduire ce distique en vers français, mais le vocable «chameau» lui semble difficile à employer.
Mohsin-Khan est poète aussi. Il imite avec succès, dans le quatrain suivant, Omer Kheyani, l'ivrogne sublime:
O vin limpide! O boisson lumineuse!
Je veux te boire tant et tant,
Que celui qui de loin m'apercevra s'écrie:
«Eh! d'où donc viens-tu, seigneur le Vin?...»
J'ai retenu encore ce distique tout récemment composé:
Sans cesse j'évoque l'image de ma bien-aimée absente,
Et toujours elle s'efface, comme un dessin tracé sur l'eau.
Maintenant, père, je vais te dire un secret! J'avais promis de le garder, mais je le viole sans remords, certaine que je suis de te faire plaisir.... Nono a écrit des vers, mais il ne veut pas qu'on le sache; il ignore même que j'ai son sonnet; c'est madame Ganneau qui le lui a chipé, pour me le donner.
—Cela ne m'étonnerait pas du tout que Nono ait du talent.... En tout cas je respecte cette pudeur, et, si ses vers sont par trop maladroits, je serai censé ne les avoir pas lus.
Je saute hors du hamac pour courir chercher le sonnet de Clermont-Ganneau dans la cachette où je le garde. Quand je reviens, mon père tend vers moi une main impatiente, avec cette curiosité intense qu'il a pour tout ce qui est écrit.
De très près, sans monocle, attentivement, il lit le sonnet que voici: