Tant bien que mal, cela figurait la syllabe la.
Tout le personnel de Tribschen est massé aux portes et contemple, avec une stupéfaction béate, ce spectacle sans précédents. A ce troisième tableau, l'attention redouble, car le chaudron et le balai vont jouer leur rôle, au grand scandale de la cuisinière.
—Encore, si c'était un joli balai de crin!... mais le plus vilain, celui qui sert pour nettoyer la cour!
En réalité, le balai n'était pas de rigueur; mais, comme je suis seule pour représenter les trois sorcières de Macbeth, il me semble que cette monture classique aidera à l'illusion. La tête cachée sous un voile gris, je l'enfourche, la cavale diabolique, et elle piaffe.
—Tournons en rond autour du chaudron. Jetons-y un œil de salamandre, un orteil de grenouille, le fiel d'un bouc, le nez d'un Turc, les boyaux d'un tigre!... Brûle, feu, frissonne, chaudron, pour faire un charme puissant et trouble. Qu'il bouille et écume comme une soupe d'enfer....
Alors Macbeth s'avance; il est accueilli par les fatidiques paroles:
—Salut, Macbeth, salut à toi, thane de Glamis!
—Salut à toi thane de Cawdor!
—Salut, Macbeth, tu seras roi!
Cela donnait à entendre que la troisième syllabe était: tane.
Notre succès, jusqu'à présent, est considérable. Wagner, debout derrière un fauteuil capitonné, s'accoudant au dossier, regarde et écoute avec une attention extrême; il est vivement intéressé et rit de tout son cœur.
Reste à signifier le tout, le mot complet: Tarlatane. Mais nous sommes soutenus par l'approbation du public, nous ne craignons plus rien.