Villiers, qui voulait être très beau, s'était mis en quête d'un coiffeur, et, il fixa son choix sur un certain M. Frey.

Une fois installé, la serviette au cou, les joues barbouillées d'écume de savon, le patient, tout à son rêve, se souvint d'une phrase de Wagner,—une phrase de la lettre qu'il m'avait écrite à propos des Maîtres Chanteurs; «Mon barbier me disait, l'autre jour, que ce morceau lui avait plu de préférence....» Les barbiers lucernois étaient donc wagnériens?... Alors on pouvait causer: sans hésiter, Villiers entama avec M. Frey, une dissertation sur la musique de l'avenir.

Le Figaro suisse s'en tira de son mieux, et, la causerie s'étant prolongée, Villiers sortit de l'officine frisé menu comme un bonnet d'astrakan.

Ainsi accommodé, il me rejoignit sur le quai, au bord du lac, et, pour user notre impatience, nous nous mîmes à rôder, entre les ballots et les paquets de cordages.

Mon compagnon fredonnait un motif de l'ouverture des Maîtres Chanteurs, qui l'enthousiasmait de plus en plus. Il insistait pour me décider à chantonner, en même temps que lui, le second motif qui se combine avec le premier.

—En pleine rue, comme cela?... On va nous jeter deux sous!... Ecartons-nous au moins des passants.

Et nous voici enjambant des madriers, des matériaux de construction, pour gagner un coin désert.

Villiers est ravi de nos fredons qu'il faut recommencer plusieurs fois. Sa vive imagination supplée à tout ce qui manque: il croit entendre l'orchestre.

Brusquement il tombe en arrêt sur je ne sais quoi; ses clairs yeux bleus s'ouvrent plus larges, ne clignent plus, et il se met à rire.

—Qu'est-ce que c'est que ce mot extraordinaire: Dampfschifffahrtgesellschaft!