Le découragement, l'amer désespoir, encore une fois, le terrassaient, et il croyait ne plus avoir désormais la force de réagir. Dans la plus sombre humeur, il allait quitter Stuttgard et faisait ses préparatifs de départ pour le lendematin, quand un garçon de l'hôtel où il était descendu lui apporta une carte de visite sur laquelle il lut: Von Pfistermeister, secrétaire aulique de Sa Majesté le Roi de Bavière.
Comment deviner que ce petit morceau de carton marquait la fin de toutes les peines et que le bonheur entrait avec lui?...
Wagner crut à quelque créancier déguisé et refusa de recevoir cet inconnu. Mais le visiteur insista, disant que le roi Louis II lui-même l'envoyait et qu'il était impossible de ne pas l'accueillir.
Quand l'annonciateur du miracle apparut, il tendit tout d'abord au Maître le portrait du roi et une bague ornée d'un diamant. Louis II se déclarait le plus fervent admirateur du génie de Wagner et s'offrait à l'aider de tout son pouvoir à terminer son œuvre et à réaliser ses rêves. Le messager avait ordre de ne pas revenir sans Richard Wagner.
Dans une émotion indicible, le visage inondé de larmes qui ne voulaient pas tarir, Wagner comprit que le malheur était enfin dompté, qu'un pacte d'alliance sublime allait être conclu entre lui et ce royal disciple, si soudainement révélé....
Le premier geste de ce roi de dix-huit ans, monté sur le trône depuis moins d'un mois, fut donc de rendre hommage à un artiste de génie et de lui tendre une main fraternelle.
Tandis que Louis II, au palais de Munich, attendait avec une impatience joyeuse l'arrivée de Richard Wagner, un courtisan, voulant flatter le souverain, lui dit:
—Des hommes, d'un génie égal à celui de Wagner, reviennent sur la terre tous les mille ans.
«Un homme d'un génie égal à celui de Wagner répondit le roi n'était pas encore venu au monde, et il n'en reviendra aucun, jamais.
Et Louis II, au grand scandale de sa cour, descendit précipitamment l'escalier d'honneur, pour aller au-devant de Richard Wagner.