Une ondulation paisible balance la lourdeur de l'eau et, tout à coup, dans le cristal fluide, une voix de cristal résonne, en même temps que la naïade coule des hauteurs et nage sous l'eau remuante. Les paroles qu'elle chante forment des allitérations glissantes;
Weïa! Waga! Vogue, vague, va vers ton berceau...
Et elle ondoie autour du récif, au sommet duquel brille, d'un éclat douteux, un filon d'or; puis une autre fille du Rhin plonge des hauteurs et poursuit joyeusement sa sœur qui fuit. Mais la voix d'une troisième ondine les gronde, toutes deux, en riant:
Weïa! Waga! sauvages sœurs!
Vous veillez mal sur le sommeil de l'or.
Gardez mieux le lit du dormeur!
A son tour, elle s'élance, et les gracieuses habitantes du Rhin nagent et folâtrent, portées par les ondulations harmonieuses de l'orchestre, autour du rocher fatidique où est enfermé l'or, inconnu et vierge encore.
Les filles du Rhin, ici, sont debout sur le plancher, en toilette de ville et coiffées de chapeaux de paille, mais on les distingue peu; sans troubler notre vision, elles prêtent leurs voix limpides et fraîches aux figures que le poète a créées.
Maintenant, des profondeurs obscures du fleuve, dans un rythme lourd et heurté, se hausse un étrange nain, aux cheveux blancs, à la longue barbe pâle réunie en une tresse; il grimpe le long des écueils visqueux. La musique s'efforce avec lui et il se plaint de l'assaut pénible, en allitérant ses mots:
Roche lisse, gluante, glissante, je glisse!...
Son regard avide suit les ondines dans leur jeu charmant, et, incapable de les atteindre, il leur crie:
Hé! hé! nixes gracieuses, race enviable!
De la nuit du Nibelheim, je monterais volontiers vers vous,
Si vous vous penchiez vers moi...