L'intendant Perfall!... qu'est-ce qu'il veut?...

La main sur le cœur, après maintes courbettes, il parle: il «réclame l'indulgence auprès, du public d'élite, devant lequel il a l'honneur.... Malgré toute la bonne volonté, de longs efforts consciencieux ... d'insurmontables difficultés de mise en scène ... des effets irréalisables.... Il a fallu se résigner à ne pas atteindre la perfection, à se contenter d'à peu près.... Regrets, chagrin ... mais à l'impossible nul n'est tenu....»

La présence du roi refoule toute manifestation; pourtant on ne peut étouffer un murmure indigné, qui poursuit Perfall, quand, après de nouvelles courbettes, il replonge derrière la toile.

Richter frappe rageusement sur son pupitre, comme s'il tapait sur le dos du traître.

La notre grave se met à vibrer sourdement, le prélude commence; mais nous ne l'écoutons plus dans le religieux recueillement de l'autre jour, nous avons l'anxiété de voir le rideau s'ouvrir ... et il s'ouvre.

On est déçu, au premier coup d'œil. Rien de la pénombre glauque, des profondeurs humides et troubles que l'on s'attendait à voir: des rochers très secs, en carton découpé, posant, sans mystère, sur le plancher de la scène. Un affreux quinquet, accroché au plus haut découpage, veut figurer «l'or du Rhin»: il ne rappelle que la lanterne que l'on pose, la nuit, au sommet des démolitions.... La voix cristalline déroule sa claire mélodie, et voici que, les bras ballants, les cheveux pendant devant le visage, un mannequin, qui veut être une ondine, est précipité d'en haut, la tête en bas, et, à mi-chemin, reste suspendu, balancé au bout d'une ficelle. Au moment où résonnent les autres voix, de nouvelles personnes, de même tournure, tombent des hauteurs et oscillent dans des attitudes lamentables de noyées. Bientôt les mannequins sont tirés en arrière, et les vraies chanteuses, debout sur des portants, à demi cachées par des découpures de rochers, paraissent et agitent leurs bras, pour simuler la nage; puis elles s'en vont, les filles du Rhin artificiel, reviennent et gigotent désespérément autour du quinquet fumeux.

Quelle dérision!... On n'oserait pas montrer cela au guignol des Champs-Elysées.

Après le changement à vue, d'une maladresse invraisemblable, un tout petit Walhalla, pareil à un château de cartes, apparaît sur une montagne, Wotan a l'air d'un chemineau qui dort à la belle étoile. Dès qu'il chante, pourtant, la magnifique voix de Betz fait tout endurer; on ne regarde plus le ridicule paysage, et comme, dans ce tableau, il n'y a pas de trucs difficiles, on peut écouter la suite des scènes, jusqu'à la descente au Nibelheim.

Là, par exemple, l'intendance prend sa revanche.

Un pschuit formidable et continu couvre, tout à coup, les voix et l'orchestre. Qu'est-ce que c'est?... on s'effraie d'abord. Mais d'épais nuages de vapeurs blanches envahissent la scène; tout s'explique: les fameuses machines!... Un feu de Bengale rouge, allumé trop tard, colore ces buées, qui sont censées s'échapper du royaume souterrain des Nibelungen forgerons.