—Mon pauvre ami, dit Wagner, c'est vous la vraie victime de cette déplorable aventure.

Mais Richter réplique, les yeux rayonnants de joie:

—Je suis heureux!

Wagner lui tend les bras et l'embrasse avec effusion.

—Ah! voici Wotan! dis-je, en voyant entrer le chanteur Betz.

—On vient de coller de nouvelles affiches! s'écrie-t-il. «L'orchestre sera dirigé par M. Wülner, le rôle de Wotan sera chanté par M. Betz!» Ha! ha! ils croient cela!... Eh bien, l'Or du Rhin ne sera représenté ni demain jeudi, ni même dimanche, car je viens vous faire mes adieux, Maître: au lieu de signer mon nouvel engagement avec le Théâtre Royal de Bavière, sans même prévenir ce misérable Perfall, je pars ce soir pour Berlin.


[LII]

La voiture qui conduira Wagner à la gare, ce jeudi 2 septembre, doit venir me prendre, avant d'aller rue Vieille-des-Chevaux, et cela dès l'aube, car le train part à 5 heures 15 du matin.

Cette fois, tous les disciples sont admis à voir le Maître,—s'ils s'éveillent avant que le coq chante:—il est convenu qu'on le saluera à la gare, où, pour ne pas marcher en cortège, chacun se rendra de son côté.