Ce jour-là même, ma mère allait à Paris et nous l'accompagnâmes à la gare. Au retour, nous étions seules avec Mlle Huet. Elle s'efforçait de se montrer très aimable, très bonne enfant, pas sévère du tout; mais elle nous proposa de faire une promenade, au lieu de rentrer, prétendant que rien n'était bon pour la santé, comme les longues trottes.
Nous eussions préféré jouer dans le jardin; mais il fallait bien la suivre. Elle nous entraîna vers des sites fort vilains, que nous ne connaissions pas: le long d'un chemin poussiéreux, où des vignes basses, sur des terrains bossués, cachaient toute vue. Nous nous jetions des regards navrés, ma sœur et moi.
Tout à coup, Mlle Huet poussa un cri, et s'élança entre les ceps.
Qu'est-ce qui lui prenait?... Nous nous étions arrêtées net, croyant qu'elle avait été piquée par une guêpe, ou qu'elle avait vu un serpent.
Mais d'une voix joyeuse, elle s'écria:
—Un escargot!...
Alors, elle retira de sa poche, un mouchoir, qu'elle déploya et qui parut presque aussi grand qu'une serviette, elle l'étendit par terre, puis cueillant délicatement l'escargot, elle le posa au milieu.
—Comment! vous allez l'emporter?...
—Lui et bien d'autres, j'espère. Des escargots de vignes!... Vous ne savez donc pas comme c'est recherché?... Allons, mes enfants, faites la chasse avec moi....
Et nous voilà, cherchant des escargots sous les feuilles, en nous demandant, tout ébahies, qu'est-ce qu'elle pourrait bien en faire! C'était tout de même moins ennuyeux qu'une leçon de grammaire, et nous allions gaîment d'un cep à l'autre, un peu dégoûtées, mais intéressées tout de même à la chasse.