(SOUVENIRS DE MA VIE)

«Je contemple an instant, des yeux de la mémoire,
Le vaste horizon du passé.

* * * * * * * * *

Mes ans évanouis à mes pieds se déploient
Comme une plaine obscure où quelques points chatoient
D'un rayon de soleil frappés
Sur les plans éloignés, qu'un brouillard d'oubli cache,
Une époque, un détail nettement se détache,
Et revit à mes yeux trompés.»
Théophile Gautier.


I

J'ai commencé la vie par une passion.

Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, c'est cependant tout à fait certain, et cette passion, qui eut, comme toujours, ses joies et ses peines, aboutit à un chagrin dont la violence n'a jamais été, pour moi, égalée.

On m'a raconté que j'avais montré beaucoup de répugnance à venir au monde: la figure voilée de mon bras replié, je me refusais obstinément à faire mon entrée dans cette vie, et, y ayant été contrainte, je manifestai mon déplaisir par un véritable accès de fureur: j'avais saisi, en criant, les doigts du médecin et je m'y cramponnais de telle façon, qu'incapable d'agir, il fut obligé de les secouer vivement et s'écria, très stupéfait: