J'allais alors la remercier, et elle m'embrassait, en recommençant à rire....
Cette verve bizarre ne se bornait pas aux paroles, j'écrivais aussi. Ma grand'mère m'avait fait cadeau d'une papeterie, où étaient rangés, avec leurs enveloppes, des cahiers de papier à lettres, rose, vert pistache, bleu tendre, lilas, tout à fait jolis. Elle me les avait donnés pour m'inciter à écrire à ma famille, mais je n'avais rien à lui dire.
C'était à la mère Sainte-Madeleine que j'adressais, de préférence, mes épîtres.
Depuis que l'amitié de Catherine me faisait prendre le couvent en patience, je cherchais à m'expliquer dans quel but les religieuses y étaient ainsi enfermées. J'avais cru d'abord qu'elles subissaient une pénitence, pour le rachat de quelque faute très grave, et j'eus beaucoup de peine à comprendre, et même je ne compris pas du tout, comment elles y étaient de leur plein gré, pour toute leur vie, et heureuses d'y être. Cela je ne pouvais pas le croire; en tous cas, elles étaient abusées par quelque folie, et j'avais entrepris de convaincre la mère Sainte-Madeleine qu'elle se trompait: je voulais la guérir de son erreur....
C'est dans ce but que je lui adressais de si belles lettres, sur mon papier à couleurs tendres. Je regrette d'avoir oublié les arguments que j'employais et la façon dont je les énonçais, cela devait être d'une extravagance et d'une drôlerie extrêmes, car la mère Sainte-Madeleine, si réservée et si sérieuse, s'amusait infiniment de ces lettres, qui cependant ne la convertissaient pas à mes idées.
Je me souviens seulement du sens de quelques-uns de ces gribouillages, qui prenaient la forme de déclarations d'amour, car, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, c'était au nom de l'amour (comment pouvais-je savoir quelque chose de lui?) que je l'adjurais de renoncer à une réclusion aussi cruelle.
Je lui adressais donc des déclarations; prenant le rôle d'un jeune homme, un prince naturellement, qui lui proposait de l'enlever et de l'emmener dans son château, où elle s'amuserait à toutes sortes de choses, et ne serait plus jamais religieuse.
Mon papier s'épuisa à cette correspondance, sans convaincre celle à qui elle s'adressait, mais sans la lasser ni lui déplaire.
Mais, quelque chose me désolait, moi, outre la vaine dépense d'un style, sans doute admirable, c'était le contraste de l'écriture déplorable, dont je disposais alors, ponctuée de pâtés et d'éclaboussures, avec la fraîcheur tendre du papier. Aux premières lignes, je tâchais bien de m'appliquer, d'écrire un peu moins gros et plus droit, mais le feu de l'inspiration m'entraînait vite, et c'était très vilain à l'œil, ces lettres, qui ne finissaient pas de sécher, et que je fermais, en poussant un gros soupir, à la fois résigné et navré....