—Attends, dit Ko-Li-Tsin, j'ai encore quelques mots à te dire.
—Parle, mais hâte-toi.
—Oh! dit le poëte, je serai bref. Il y a quelques lunes, pendant mon séjour dans la ville de Tong-Tchou, qui est certainement une ville remarquable par la beauté de ses pagodes et la laideur de ses bonzes, il y a quelques lunes, donc, je fis la connaissance d'une très-jeune veuve que je n'hésiterais pas à proclamer la plus jolie des femmes si je ne connaissais pas Yo-Men-Li, ta servante, et si le gouverneur de Chen-Si n'avait pas une fille destinée à devenir l'épouse du lettré Ko-Li-Tsin dès qu'il aura trouvé une pensée philosophique propre à être mise en vers de sept caractères.
—Abrège, dit Ta-Kiang.
—C'est ce que je fais. J'eus le bonheur de rendre à l'époux défunt de cette aimable personne un signalé service, un service d'ami, en consolant sa femme de la perte douloureuse qu'elle avait faite. Je la consolai, dis-je, en d'aimables entretiens égayés par les improvisations réjouissantes que m'inspire communément mon naturel enjoué.
Ta-Kiang fit un geste d'impatience, mais le poëte n'y prit point garde.
—Un, deux, trois, quatre, dit-il en comptant sur ses doigts.
Un matin une jeune pivoine crut qu'il fallait mourir parce que la lune s'était éteinte;
Mais le soleil joyeux vint rire au-dessus d'elle, et la jeune pivoine, oublieuse de la lune, s'épanouit avec tendresse.
—Je me lasse, dit Ta-Kiang.
—D'écouter les vers que j'improvise? Cela ne saurait être. Enfin, reconnaissante d'avoir retrouvé en ma compagnie ses sourires d'autrefois, la jeune veuve voulut, quand je partis, me donner en souvenir d'elle une large ceinture pleine de liangs d'or. Je me défendis d'abord d'accepter, objectant que la joie d'avoir obligé une si gracieuse femme me récompensait au delà de mes mérites; mais elle insista de telle façon que, dans la crainte de lui déplaire, je dus recevoir son présent.