—Paye, tu le sauras.
Ko-Li-Tsin lui donna un demi-liang.
—Eh bien! dit le gardien, c'est parce que l'empereur ne signe les sentences de mort qu'à la fin de l'année, et nous ne sommes qu'au huitième mois.
—Encore quatre mois à rester ici! répéta dès lors bien souvent Ko-Li-Tsin, penché hors de la balustrade et mesurant des yeux la hauteur de la tour.
Mais un jour il eut une grande joie; il vit un oiseau blanc s'élever rapidement vers la terrasse: c'était la cigogne qui revenait. Retrouvant pour un instant toutes ses gaietés, il se mit à battre des mains, et lorsqu'elle fut posée sur le rebord de porcelaine il baisa tendrement le petit bec rose de son amie.
—Tu n'es donc pas morte! lui disait-il. On te tenait prisonnière? Tu t'es échappée pour revenir? Si tu savais combien j'ai été triste de ton absence et comme je suis heureux de te revoir! Mais tu as été blessée; es-tu bien guérie au moins?
Ko-Li-Tsin regardait la cigogne, en lui caressant les plumes. Il s'aperçut qu'elle avait au cou un petit rouleau de papier retenu par un cordon de soie.
—D'où vient ceci? s'écria le poëte, détachant le cordon et déployant le rouleau avec un battement de cœur.
C'était une lettre d'une écriture grosse, maladroite et vulgaire. Les caractères s'alignaient en colonnes tortueuses. Elle était ainsi conçue:
«Grand poëte et maître souverain, c'est moi qui ai lancé une flèche sans pointe contre la cigogne, après m'être exercée au tir pendant plusieurs jours; je voulais emporter l'oiseau chez moi et l'habituer à ma maison. Je lui ai donc présenté une compagne de son goût. Maintenant il rentrera chaque soir au soleil couchant dans ma demeure; mais, comme je ne lui donnerai jamais à manger, c'est vers toi qu'il ira chercher sa nourriture. De la sorte, nous pourrons correspondre. Je ne peux pas vivre sans toi; j'ai failli devenir folle quand j'ai vu qu'on t'emmenait. Je t'ai suivi, criant et pleurant. Les soldats se moquaient de moi. A force de ruse je suis parvenue à voir le geôlier; je lui ai donné mes bijoux, et il m'a dit que tu étais au sommet de la tour. Alors j'ai cherché à te voir de la rue; mais tu ne sortais pas et j'avais peur des sentinelles. Enfin, un jour je t'ai vu, j'ai compris que tu étais guéri, et j'ai imaginé de prendre la cigogne pour t'envoyer une lettre. Dis-moi ce que je puis faire pour te tirer de cette affreuse tour. Que veux-tu que je devienne, mon époux étant au ciel et moi sur la terre?