L'oiseau avait à la patte le bout d'une corde de soie mince mais solide. Cette corde s'éloignait de la tour, franchissait le lac et se perdait dans les vapeurs d'un jour d'automne. Après l'avoir attachée au milieu d'une autre corde qui reliait, en flottant, les deux pointes de son animal, Ko-Li-Tsin n'eut que le temps de se précipiter dans la cellule, car le geôlier venait d'y entrer. L'espion sorti, il revint sur la terrasse et attacha à l'extrémité inférieure du monstre léger une interminable queue formée des cent lambeaux liés ensemble de sa propre robe déchirée. Puis il attendit, assis sur la balustrade, les jambes dans l'espace. Son cœur battait, il avait le visage blême, mais aucune hésitation ne passa dans ses yeux.
Le soir monta. Les vents étaient furibonds. La machine de bambou et de papier claquait à se briser. Ko-Li-Tsin la tenait d'une main, de l'autre il se cramponnait au dernier morceau de sa robe allongée en queue. La corde, qui descendait vers la ville, paraissait bien tendue. Enfin la nuit s'établit tout à fait, et les vents étaient devenus formidables. «En route!» dit Ko-Li-Tsin, et il lâcha le monstre, qui s'éleva avec une rapidité vertigineuse, entraînant derrière lui sa queue, et, au bout de sa queue, Ko-Li-Tsin.
CHAPITRE XV
LE DRAGON VOLANT
Quand des hommes voient quelque chose d'extraordinaire, ils ont peur et adorent.
Mais dès qu'ils n'ont plus peur,
Si la chose est inanimée, ils la brisent; si elle est vivante, ils la tuent.
—Seize.
—Trente-cinq.