Les soldats ayant bandé leurs arcs, tirèrent; mais leurs mains tremblaient et les flèches s'éparpillèrent dans le ciel.
—Maladroits et vauriens! cria le Pa-Tsong, c'est ainsi que vous savez votre métier?
Il banda un arc et tira à son tour. La flèche atteignit le dragon, qui vacilla un instant, mais reprit sa marche tranquille. Les soldats, voyant que rien de terrible ne s'était produit, lancèrent une nouvelle nuée de traits. Cette fois, le dragon volant fut entièrement transpercé. A travers ses plaies béantes, on apercevait des étoiles. Puis, aux cris et aux trépignements de joie des soldats, le monstre tournoya dans l'air et s'abattit profondément.
[CHAPITRE XVI]
KO-LI-TSIN TROUVE UN AMI DIGNE DE LUI
Une vapeur enveloppe le bateau comme d'une gaze légère, et une dentelle d'écume l'entoure, semblable à un rang de dents blanches.
La lune lentement s'élève en souriant à la mer, et la mer semble une grande étoffe de soie brodée d'argent.
Les poissons viennent souffler à la surface des globules qui sont autant de perles brillantes, et les flots clairs bercent doucement le Bateau des Fleurs.
Mon cœur se tord de douleur en le voyant si éloigné de moi et retenu au rivage par une corde de soie.
Car c'est là que fleurissent les fleurs les plus éclatantes; c'est là que le vent est parfumé et que demeure le printemps.
Je vais chanter une chanson en vers, marquant la mesure avec mon éventail, et, la première hirondelle qui passera, je la prierai d'emporter là-bas ma chanson.
Et je vais jeter dans la mer une fleur que le vent poussera jusqu'au navire.
La petite fleur, quoique morte, danse légèrement sur l'eau; mais moi, je chante avec l'âme désolée.
—Par tous les Mandarins de l'Enfer, s'écria Ko-Li-Tsin, l'eau est froide pendant le onzième mois comme la neige des montagnes de l'Ouest, et coupante, lorsqu'on tombe de si haut, comme mille lames d'acier. Mais les dalles des rues ou les dragons des toitures eussent été plus fâcheux encore.