—Oh! dit Ko-Li-Tsin ravi, quel ami glorieux j'ai rencontré! Jamais aucun homme, depuis la mort de l'illustre Li-Tai-Pé et celle de Sou-Tong-Po, le voyageur, n'a enfermé de plus nobles pensées en des rhythmes plus harmonieux. Mais, ajouta le poëte après un silence, que disent donc ces seigneurs qui boivent à côté de nous? il me semble que j'entends parler de révolution et d'armées.

—Ils en parlent en effet, dit le seigneur Lou en fronçant les sourcils.

—Me permettras-tu de me dérober un instant aux charmes de la conversation afin d'écouter ce qu'ils racontent? car j'arrive des champs et j'ignore ce qui se passe dans la Patrie du Milieu.

Le nouvel ami de Ko-Li-Tsin fit un geste d'assentiment.

—En moins d'une Lune, disait un jeune buveur qu'à son costume de satin jaune et à ses deux sabres croisés derrière son dos il était aisé de reconnaître pour un Pa-Tsong, en moins d'une Lune la révolte a grossi dangereusement. Après avoir quitté Pey-Tsin dans la compagnie de quelques bonzes, Ta-Kiang a couru les campagnes, soulevant les laboureurs; plusieurs chefs d'armée, abandonnant le véritable Fils du Ciel, se sont soumis au rebelle, et maintenant une multitude formidable, commandée par le jeune homme de Chi-Tse-Po, campe devant la ville de Hang-Tchéou, dans le Tché-Kiang.

Ko-Li-Tsin eut grand'peine à retenir une exclamation de joie.

—Magnanime Ta-Kiang! pensa-t-il.

—Croyez-vous, dit-il d'un ton indifférent, que le rebelle renversera la dynastie tartare?

—Cela pourrait bien arriver.

—Renverser notre glorieux Kang-Si! s'écria un personnage obèse, décoré du globule de Mandarin. Qui a dit cela?