—L'empereur aimé du ciel, reprit la voix, c'est Kang-Si au règne glorieux. Votre empereur rebelle est envoyé par les mandarins de l'enfer. Cesse d'encourager la révolte que tu allumes dans la ville, et soumets-toi au vrai maître de l'Empire; sinon d'affreux malheurs te tortureront. Voilà ce que j'avais à te dire. Retire-toi.
Le bonze fut entièrement converti, et le germe de la révolution fut étouffé dans la Capitale.
—Tu vois bien, dit le seigneur Lou, que j'avais raison de dire que les Pou-Sahs protégent l'empereur Kang-Si.
—Tu aurais eu raison en disant que l'empereur se protége lui-même, reprit le Pa-Tsong. Vous n'ignorez pas, continua-t-il en s'adressant à tous les buveurs attentifs, que Kang-Si se plaît à sortir quelquefois de son palais pour se promener seul et déguisé dans la ville et se mêler aux groupes des oisifs. Eh bien! un soir, l'empereur est sorti de la Ville Rouge; il s'est dirigé sans être vu vers le Temple de l'Agriculture; il a attendu un instant où il ne passait personne; alors, se faisant le plus petit qu'il a pu, il s'est blotti dans l'énorme cloche de bronze; et voilà pourquoi il a été donné au Grand Tao-Sée de converser avec le Pou-Sah de la cloche.
Les auditeurs éclatèrent de rire. Le seigneur Lou convint que cette histoire était tout à fait vraisemblable et digne de Kang-Si, duquel on connaissait mille ruses analogues. Puis d'autres propos circulèrent.
—Sait-on, demanda quelqu'un, ce qu'est devenu le poëte Ko-Li-Tsin, celui qui avait attenté audacieusement aux jours sacrés du Ciel?
—Il est dans la prison, dit le Pa-Tsong; on le réserve à un terrible supplice.
—Oh! oh! lit Ko-Li-Tsin.
—On raconte qu'il a subi la torture avec un courage admirable.
—Il est vrai, dit le seigneur Lou; Kang-Si serait heureux d'avoir de pareils serviteurs.