Ko-Li-Tsin fut sur le point de saluer celui qui parlait ainsi; mais il se retint heureusement. Il jugea même convenable de donner une direction nouvelle à la conversation.
—Ne faisons-nous plus de vers? dit-il au seigneur Lou.
—J'allais te le demander, dit celui-ci. Choisis toi-même, un sujet favorable.
—Te plairait-il de parler des Rêves en vers de sept caractères?
—Cela me plairait, dit Lou en prenant un pinceau.
Les deux nouveaux amis se recueillirent un instant. L'œil de Ko-Li-Tsin pétillait de plaisir. Ils écrivirent sans s'interrompre et terminèrent en même temps.
—Voici, dit Ko-Li-Tsin, en offrant ses tablettes au seigneur Lou, qui lui tendait les siennes.
Ko-Li-Tsin se hâta de lire les vers de son compagnon. Ils étaient conformes aux bonnes règles, et disaient:
Pendant le sommeil les pensées de l'homme, sortant de son esprit, se promènent devant ses yeux, et les rêves de la nuit comblent les désirs du jour.
Le pauvre se voit riche, et l'homme vil se voit glorieux.
Celui qui, pleurant sa bien-aimée absente, s'endort dans ses larmes refroidies, sent la tête de celle qu'il adore penchée vers son épaule.
Le poëte converse avec Kon-Fou-Tsé; le mandarin se croit empereur.
Mais l'empereur, sur son lit somptueux, froisse les coussins de son front plein de soucis, et, souvent, s'appuyant sur le coude, il parle au chef des Eunuques:
«De quel côté souffle le vent? dit-il. Des nuages voilent-ils la lune implacable? La brûlante sécheresse menace-t-elle toujours mon peuple?»
Cependant il s'endort, et il rêve qu'une pluie abondante est descendue du ciel.
De son côté, le seigneur Lou admirait l'écriture irréprochable de Ko-Li-Tsin et lisait les vers suivants: