Pendant que le seigneur Lou songeait, le poëte s'était silencieusement levé; il avait descendu l'escalier de la terrasse, enfilé le couloir fleuri, traversé, en sautant de barque en barque, l'étroite rue liquide; et maintenant il courait démesurément vite vers la maison de Yu-Tchin, située à peu de distance.

—C'était lui! disait-il en haletant; il allait me reconnaître; j'étais perdu. Je ne croyais pas, en tombant dans ce lac, tomber dans un danger si grand. J'aurais dû le tuer? Non, il venait de me sauver la vie. D'ailleurs je n'en aurais pas eu le courage après avoir ri et chanté avec lui.

Il atteignit la maison de son amie et frappa à coups redoublés. Yu-Tchin vint lui ouvrir, et, pleurant de joie, se jeta dans ses bras.

—Te voilà! cria-t-elle; je te croyais mort, et j'étais prête à mourir de chagrin. J'avais tout préparé pour notre mariage. Vois, je suis toute parée, les invités sont encore là; viens vite.

—Il s'agit bien de se marier! dit Ko-Li-Tsin rapidement. Bonne Yu-Tchin, prends une hache, une corde, une lanterne, et suis-moi.


[CHAPITRE XVII]

LE TIGRE DE JADE


Vaincu par la flèche du chasseur de Tartarie, le grand tigre est renversé sur le dos dans les ronces du ravin.

Mais dans sa gueule ouverte, comme dans le tronc d'un saule creux, les abeilles ont déposé leur miel,

Et la gueule du tigre, béante, apparaît pleine d'or.