—Eh bien! s'écria Ko-Li-Tsin, en franchissant la porte ruinée de la pagode de Kouaq-Chi-In, me suis-je trompé? Où sommes-nous? Où est l'escalier d'albâtre? N'est-ce pas ici que je me suis battu?
—C'est bien ici, dit Yu-Tchin; mais l'escalier est démoli et la pagode, pendant trois jours, a brûlé.
—Misérable Ko-Li-Tsin! gémit le poëte, que faisais-tu dans ta prison? Paresseux et prudent, tu soignais tes blessures, tu préparais jour à jour ton évasion, et tu as perdu un mois, et tu as tout perdu! Il fallait fuir tout de suite, t'accrocher aux saillies des terrasses, descendre les dix étages de la tour, étrangler les soldats, et enfin exécuter l'ordre du maître. Ta-Kiang est glorieux, vainqueur, chef d'une armée terrible; toi, qu'auras-tu fait dans toute cette gloire? Tu n'as pas même pu sauver Yo-Men-Li; et peut-être vas-tu causer la perte de l'empereur. Lorsqu'il frappera aux portes de Pey-Tsin en disant: «C'est moi!» tu ne seras pas là. pour lui ouvrir, et s'il te demande: «Où sont tes soldats?» tu lui montreras Yu-Tchin armée d'une pioche.
—Mais qu'as tu donc, maître? dit en tremblant Yu-Tchin. Pourquoi es-tu si désespéré en face de ces ruines?
—C'est qu'il y avait sous la pagode un trésor qu'on m'avait confié et sans lequel je ne puis rien faire, répondit Ko-Li-Tsin. Je pleure de le voir englouti.
—Si le feu, dit Yu-Tchin, n'a pas brûlé le trésor, nous le retrouverons sous les décombres.
—Tu as raison; mais il faudrait plusieurs hommes robustes pour soulever cette montagne de pierres écroulées, et je ne peux dire mon secret à personne.
—Essayons tout seuls, dit Yu-Tchin. Il n'est sans doute pas indispensable de soulever les pierres. Nous pourrons peut-être nous glisser à travers les interstices de l'écroulement et arriver jusqu'au trésor.
—Essayons! dit Ko-Li-Tsin. Je suis fou de me décourager. La prison m'a affaibli l'esprit. Allons, bonne Yu-Tchin, quand nous devrions être écrasés sous les débris du monument, tâchons de lui arracher son cœur précieux.