Ko-Li-Tsin posa le pied sur les restes branlants du grand escalier, et tendit la main à Yu-Tchin. Ils atteignirent dangereusement la première terrasse qui était à demi effondrée et toute couverte de blocs renversés.

—Prenons garde, dit le poëte; parmi l'obscurité nous pourrions glisser dans quelque fente et y mourir sans gloire. La nuit va finir, attendons le jour.

—Oui, fit Yu-Tchin; les ombres semblent des trous et les trous des surfaces planes. Il vaut mieux attendre une clarté plus franche que celle de ma lanterne en papier bleu.

Assis l'un près de l'autre sur le socle d'une statue brisée, Yu-Tchin disait mille choses tendres à Ko-Li-Tsin songeur.

Bientôt des blancheurs bleuâtres frappèrent les monceaux de débris, faisant briller les cassures des pierres et luire çà et là des émaux et des fleurs de porcelaine.

Tout était brisé, détruit, défiguré: les terrasses, les toits échelonnés s'effondraient entre les murs d'albâtre, dont la blancheur était sillonnée de traces de fumée et de longues traînées de sang noirci; les adorables sculptures de jade, rompues par la hache, s'émiettaient en grêlons; où se dressèrent de précieuses colonnettes on ne voyait que des tronçons léchés par la flamme. Cependant, sous le soleil qui se levait, la pagode ruinée gardait encore quelque chose de son ancienne majesté; et formait des monceaux somptueux et brillants.

Ko-Li-Tsin s'avança vers l'édifice tombé.

—Prenons courage! dit-il à Yu-Tchin; tâchons d'écarter ces pierres pesantes et de soulever ces toitures affaissées, comme si nous étions une armée entière.

—Viens par ici, dit Yu-Tchin, qui frissonnait un peu dans le froid du matin. Il ne faut pas songer à soulever les pierres, mais à profiter des maladresses du hasard qui a dû laisser quelque porche debout.

—Le crois-tu? Kuan-Te à pris a tâche de tout détruire. On dirait même que Lao-Kuon lui est venu en aide, et que le tonnerre est tombé sur la pagode.