[CHAPITRE XX]
LES BEAUX CHEMINS NE VONT PAS LOIN
Sur un trône d'or neuf, le Fils du Ciel, éblouissant de pierreries, est assis au milieu des mandarins; il semble un soleil environné d'étoiles.
Les mandarins parlent gravement de graves choses, mais la pensée de l'Empereur s'est enfuie par la fenêtre ouverte.
Dans son pavillon de porcelaine, comme une fleur éclatante entourée de feuillage, l'impératrice est assise au milieu de ses femmes.
Elle songe que son bien-aimé demeure trop longtemps au conseil, et, avec ennui, elle agite son éventail.
Une bouffée de parfum caresse le visage de l'empereur.
«Ma bien-aimée, d'un coup de son éventail, m'envoie le parfum de sa bouche.» Et l'empereur, tout rayonnant de pierreries, marche vers le pavillon de porcelaine, laissant se regarder en silence les mandarins étonnés.
Au moment où le premier soleil levant de la cinquième lune dorait les ruines fumantes de Sian-Hoa, le Chef des Eunuques pénétra, comme d'habitude, dans la Chambre Sereine de l'empereur Kang-Si. Ayant dans sa main droite une horloge à eau, il s'approcha du lit auguste et réveilla le maître.
—C'est aujourd'hui le premier jour de la lune, dit le Fils du Ciel, en s'appuyant sur un coude. Le soleil lance quelques rayons à travers les coquillages des fenêtres; le ciel sans doute est pur, l'air frais, la route sèche; il serait doux de courir aux bords des lacs sur un jeune cheval de Tartarie!
—Il faut contenter ses désirs, dit l'eunuque, lorsqu'ils ne font tort à personne.
—Oui, dit Kang-Si; mais l'empereur, qui est le père et la mère d'un grand enfant plein de caprices et de colères injustes, ne s'éloigne jamais sans avoir le cœur troublé par de vives inquiétudes.
—Le grand enfant dort à cette heure, dit l'eunuque, en présentant à l'empereur une infusion des premières pousses à l'arôme exquis et printanier.