—Que le massacre et le pillage cessent! Qu'on réunisse sur cette place tout le butin conquis et qu'on amène de solides chariots et tous les Tartares vivants encore.
Le gong tinte, l'ordre circule, les rebelles, traînant de lourds et précieux fardeaux, tirant des chars, poussant devant eux des Tartares humiliés, se rassemblent de toutes parts devant le palais. On surcharge les chars, on y attelle les vaincus pleins d'horreur; on les frappe, ils s'élancent. Bientôt, à travers les rues obscurcies par le soir et par la fumée, au milieu des guerriers emportant chacun une femme en pleurs qui se cache le visage, une longue file de chariots roule péniblement, écrasant des cadavres. Les Tartares, courbés sous les fouets, criblés de blessures, tombant à chaque pas sur les genoux, le cœur plein de honte et de désespoir, rugissent de conduire leurs propres richesses au camp de l'ennemi. Dans le premier chariot, Gou-So-Gol triomphe, entre deux femmes vêtues de blancs habits de deuil, qui pleurent et regardent en arrière. Dans le second s'entassent, désolées et tremblantes, les plus belles jeunes filles de la ville. D'autres véhicules sont chargés de lingots d'or et d'argent, de pierreries lumineuses, de vases précieux, d'étoffes superbes, qui étincellent dans le crépuscule. Enfin le cortége, sorti de la ville, entre dans la plaine, aux retentissements du gong, aux voix formidables de soldats qui hurlent à tue-tête: «En haut les Mings! en bas les Tsings!» Lorsqu'il arrive devant la tente impériale, Gou-So-Gol fait halte et pousse le cri de victoire; les draperies somptueuses se soulèvent; et l'empereur apparaît sur son trône de marbre noir, le menton dans la main.
Le chef des guerriers se prosterne et frappe la terre de son front.
—Parle, dit Ta-Kiang, ô le plus illustre des combattants!
—Voici, dit Gou-So-Gol, cinquante chariots pleins d'or et mille mesures de perles. De plus, je t'amène, ô Fils Céleste, de timides femmes, choisies parmi les plus belles, et je t'offre aussi, magnanime vainqueur, ma jeune épouse, que j'aime comme moi-même.
—Je te donne l'épouse de ton choix, dit l'empereur, et toutes les jeunes filles belles parmi les belles pour la servir. Mais n'as-tu fait que prendre les trésors et les femmes?
—Vois, dit Gou-So-Gol en dressant la tête, cette ville flamboyante est belle dans le soir.
Tourné vers le formidable incendie qui se lève devant le soleil couchant et l'efface, l'empereur admire le désastre; ses yeux augustes et son front le reflètent; il en sent la chaleur, et il dit:
—Sois loué, Gou-So-Gol!