—Tu n'entreras pas, monstre sauvage! crie-t-elle les dents serrées. Tu ne vas pas, sous mes yeux, égorger ma vieille mère, et tu mourras avant d'avoir fait cela!
Gou-So-Gol regarde la jeune fille sans insolence et s'incline devant elle.
—Belle guerrière! dit-il, je veux te parler avec politesse. Tu es mon bien, et je n'aurais qu'à te prendre; mais tes yeux fiers, ta voix impérieuse ont troublé mon cœur farouche, et je te demande si tu veux être la première épouse de Gou-So-Gol, le chef glorieux.
—Je ne m'approcherai de toi qu'avec répugnance, répond la jeune fille; mais si tu me promets d'épargner ma vieille mère et de la faire respecter par tes soldats, je consentirai à te cacher le dégoût que tu m'inspires.
—J'ai déjà vengé la mort de ton père, dit Gou-So-Gol, comme si j'avais prévu que j'allais aimer sa fille; et il ne sera rien fait à ta vieille mère, je te le jure.
—Mon père est mort! s'écrie la jeune fille en sanglotant. O chef des cruels guerriers! tu auras une épouse éternellement désolée.
—Je tâcherai de te consoler, dit Gou-So-Gol, par ma gloire et par ma douceur; mais maintenant indique-moi où sont les richesses de la ville, car l'Empereur Unique m'a dit: «Prends cinquante chariots pleins d'or et mille mesures de perles.»
—Je vais te conduire, dit la jeune fille; le trésor de la ville est dans ce palais.
Pendant ce temps, au dehors, le carnage a continué. Les vainqueurs ruissellent de sang et de sueur, ils halètent, car les maisons à piller sont nombreuses, et les victimes à égorger se succèdent sans fin. Partout les demeures éventrées craquent et fument. Sur les toits les dragons de bronze se tordent douloureusement. Aux fenêtres, des hommes dont la tête a roulé au loin se penchent vers la rue et laissent jaillir de leurs cous mutilés des fontaines écarlates.
Gou-So-Gol sort du palais, il lève les bras et s'écrie: