—Pey-Tsin est inexpugnable! s'écria Kang-Si. La plus grande tranquillité y règne, et ses habitants me sont dévoués et m'honorent.
—Ce matin, lorsque tu es sorti en grande pompe, dit le Sage, tous les habitants sont rentrés dans leurs maisons, selon le rite, afin de ne pas s'aveugler à ta splendeur, et tu as traversé des rues désertes. C'est pourquoi tu dis: «La ville est tranquille!» Mais si tu y retournais à présent, seul et dépouillé de ton appareil superbe, tu entendrais gronder l'émeute, tu verrais bouillonner la foule, et tu ne dirais plus: «Ces hommes me sont dévoués et m'honorent.»
—Mais toi qui sais tout, demanda Kang-Si consterné, ne peux-tu me dire ce que me réserve l'avenir?
—Je ne le puis, dit le Solitaire; l'avenir est obscur devant mes yeux. Les Pou-Sahs enveloppent le rebelle de leur dangereuse protection.
—Allons! dit Kang-Si, cette cruelle nouvelle a un instant troublé mon cœur; mais je reprends courage et confiance. Tant que je vivrai l'Empire sera à moi; s'il doit m'être ravi on me tuera sur mon trône, au milieu de ma gloire.
—Va donc, mon fils, dit le philosophe; mais revêts un humble costume pour rentrer dans ta capitale, car déjà, dans ton apparat auguste, tu ne pourrais peut-être plus passer.
L'empereur soupira.
—Peux-tu me prêter une robe? dit-il.
—Oui, j'ai une très-vieille robe qui te rendra méconnaissable.
—Plus vieille que la tienne? demanda Kang-Si, inquiet.