—Quel empereur? répondirent-ils.

—Est-ce que le Ciel a un autre fils que Kang-Si? s'écria le religieux d'une voix menaçante.

—Kang-Si n'est qu'un traître bâtard, dit un un soldat; le Ciel n'a qu'un fils légitime, ce n'est pas Kang-Si.

—Qui a dit cela?

—Notre Pa-Tsong, qui a reçu mille liangs pour le croire.

Le religieux, crispant ses poings, s'éloigna en silence. Il se mêla à des curieux qui entouraient un homme monté sur une pierre. Mince, petit, élégant malgré des vêtements sordides, cette homme donnait lecture d'une proclamation, et ses yeux pétillaient d'intelligence derrière d'immenses lunettes bordées de noir. Une vieille femme loqueteuse, à côté de lui, était assise sur un sac bien gonflé.

«Aujourd'hui, criait-il, premier jour de la septième lune de notre règne magnanime, nous-même, lumineux empereur Ta-Kiang, que le Ciel chérit, a vous décidé dans notre suprême bonté ce qui suit: Que ceux qui vendent et que ceux qui achètent écoutent attentivement! Ayant songé, dans notre prévoyance paternelle, que l'impôt sur la terre productive était, sous l'ancienne dynastie, d'une exigence exagérée, et sachant que cet impôt pèse spécialement sur les Cent Familles, par la raison que le cultivateur, opprimé et forcé de donner le meilleur de son grain, vend alors, pour ne rien perdre, les produits indispensables le double de leur valeur, et force celui qui a peu de fortune à une sobriété de solitaire; voulant faire cesser ce déplorable état de choses, avons ainsi réduit l'impôt pour l'avenir: au lieu de payer cent tsins par mo, on ne payera plus que cinquante tsins dans les années heureuses, et dans les années de sécheresse le cultivateur sera dispensé de tout impôt. Vous qui écoutez, réjouissez-vous et respectez ceci!»

—Bien! bien! dirent les auditeurs. En haut les Mings!

Quelqu'un cria cependant:

—Les nouveaux venus promettent beaucoup et souvent tiennent peu.