—Avons-nous beaucoup de munitions de guerre? demanda le Fils du Ciel en se tournant vers le mandarin chargé de l'inspection des arsenaux et des poudrières.

—Splendeur incomparable! répondit le mandarin, chaque homme pourra lancer dix mille flèches, tirer six mille coups de feu, allumer quinze cents fusées, et chaque dragon de bronze crachera deux cents boulets.

—Pour combien de temps avons-nous des vivres?

—Sérénité immuable! répondit l'ancien gouverneur de Chen-Si, devenu Chef de la Table Auguste, tous les gens de la ville pourront satisfaire leur appétit pendant un mois.

—Maintenant, dit le Fils du Ciel, que les guerriers exposent des plans de défense.

Le Chef de l'Armée Chinoise s'avança, et, après avoir accompli les trois prosternements du Ko-Tou, parla:

—Divine intelligence! c'est avec terreur que mon esprit obtus va te présenter son fils difforme. Cependant le voici. Le combat peut durer un mois. Il faut fatiguer l'ennemi et l'écraser continuellement sous une pluie de flèches et de balles, puis, par ruse ou courage, faire sortir de la ville des messagers qui s'en iront dans les provinces, et réuniront ton armée débandée et découragée; ils ramèneront des soldats forts et nombreux, et les rebelles seront pulvérisés sous les murs inexpugnables de la Cité Rouge.

—Crois-tu que la ville ne puisse pas être prise? dit l'empereur. Souviens-toi de Sian-Hoa, naguère la plus puissante des forteresses, maintenant un monceau de cendres.

Le Chef de l'Armée Tartare s'avança et se prosterna.

—Bonté inaltérable! dit-il, j'ai conçu un plan hardi et hasardeux, mais qui pourrait décider promptement la victoire.