—O Maître de la Terre! s'écria-t-il, Empereur sublime! ils veulent jeter Yo-Men-Li du haut des murailles si tu ne lèves le siége à l'instant! O magnanime! ne laisse pas commettre une cruauté dont la seule pensée serre le cœur et glace l'esprit.

—Parles-tu sérieusement? dit Ta-Kiang avec un sourire. Crois-tu que le respect d'une vie infime m'arrêtera un instant dans ma marche triomphale? Penses-tu que je vais quitter mon trône pour épargner Yo-Men-Li? Que m'importe cette jeune fille!

Mille guerriers sont morts pour moi sans que tu aies accompagné d'un regret leur âme glorieuse.

—C'est le sort et la gloire des guerriers de mourir violemment, dit Ko-Li-Tsin en se jetant aux pieds de l'empereur; mais les jeunes filles sont faites pour vivre aimées et pour mourir doucement. Ne laisse pas se briser le corps charmant de Yo-Men-Li sur les dalles; ne la laisse pas tuer cruellement; elle si douce, si dévouée, et qui t'adore!

—Allons, dit Ta-Kiang, annonce à l'envoyé de Kang-Si que je donne le signal de l'attaque.

Ko-Li-Tsin se releva fièrement.

—Non! s'écria-t-il, non! quand ta colère devrait me foudroyer, ô cœur plus féroce que le cœur des tigres, je n'irais pas porter cette réponse impitoyable.

Ta-Kiang regarda le poëte avec surprise.

—Il faut savoir pardonner des crimes aux bons serviteurs, dit-il.

Puis il fit signe au Grand Bonze de transmettre ses paroles.