Ko-Li-Tsin s'élança hors de la tente. Il rencontra Yu-Tchin; elle l'attendait, comme toujours.
—Viens, dit-il, viens pleurer avec moi, et apaise mon cœur, que tord le désespoir.
Et, cachant son visage dans sa main, il entraîna Yu-Tchin loin des murailles.
Cependant le Grand Bonze répétait au mandarin les paroles de l'empereur. Yo-Men-Li, d'elle-même, sans hésiter, mit le pied sur un créneau. Mais au moment où elle allait se précipiter, un cavalier resplendissant apparut derrière elle, la saisit dans ses bras, donna un coup furieux au mandarin et s'enfuit en emportant la jeune fille. Le malheureux juge perdit l'équilibre et, tombant du faîte des murailles, vint se briser le crâne sur le rebord du fossé. Au même instant une fusée rapide s'éleva dans le ciel à une hauteur prodigieuse avec un bruit retentissant, et, de quatre côtés à la fois, l'armée rebelle, ivre du sang de Gou-So-Gol, se rua sur les portes sacrées.
[CHAPITRE XXVI]
LE PAVILLON DES TULIPES D EAU
J'ai vu un chemin doucement obscurci par les grands arbres, un chemin bordé de buissons en fleurs.
Mes yeux ont pénétré sous l'ombre verte et se sont longuement promenés dans le. chemin.
Mais à quoi bon prendre cette route? elle ne conduit pas à la demeure de celle que j'aime.
Quand ma bien-aimée est venue au monde on a enfermé ses petits pieds dans des boîtes de fer; et ma bien-aimée ne se promène jamais dans les chemins.
Quand elle est venue au monde on a enfermé son cœur dans une boîte de fer; et celle que j'aime ne m'aimera jamais.