—Mais, dit le poëte, tu ne m'as pas, je crois, parlé avec une franchise au-dessus de tout blâme.
—Il est possible. Sache cependant que je t'avais enfin reconnu et que....
—Tu allais me faire inhumainement reconduire dans la prison d'où je sortais? Mais Ko-Li-Tsin est fils d'une Rou-Li.
Un jour deux renards se rencontrèrent sur un chemin; ils s'accostèrent selon les rites.
—Moi, dit l'un, je suis un mouton pacifique qui se promène par la prairie.
—Moi, dit l'autre, je suis une douce gazelle qui viens me désaltérer au ruisseau clair.
Mais après les salutations d'usage, s'étant regardés en face, les deux renards, l'un vers l'est, l'autre vers l'ouest, s'enfuirent épouvantés.
L'empereur ne put pas s'empêcher de sourire.
—Allons, Chen-Ton, dit-il, ton talent pour la poésie apaise ma justice et me fait oublier les crimes que tu as commis. Si tu consens à te repentir et à t'humilier devant le maître véritable, ta vie sera sauve.
—Seigneur Lou, répondit Ko-Li-Tsin, mon cœur est sensible à ta bonté, mais Meng-Tseu a dit: «Celui qui pour éviter la mort renie ses compagnons vaincus et se range de l'avis du plus fort n'est pas digne de vivre.»
—Meng-Tseu, répliqua l'empereur, a dit aussi: «Celui qui reconnaît son erreur ne s'est pas trompé.» Cependant, puisque tu ne veux pas de la vie, reste fidèle à tes compagnons. N'as-tu rien à demander avant de mourir?
—A toi, rien; mais, si tu me le permets, je parlerai à ce respectable mandarin, répondit Ko-Li-Tsin, en désignant l'ancien gouverneur de Chen-Si, devenu Chef de la Table Auguste,
—Je te le permets.