—Que craignez-vous? Ces deux hommes vont être interrogés, et, si ce sont des espions, ils ne retourneront pas vers leurs maîtres. Qu'on les conduise dans la chapelle de Lao-Kiun.

Les deux captifs, geignant et résistant, furent emportés, et le Grand Bonze, à pas lents, les suivit.

La moitié d'une heure s'écoula avant son retour. Quand il reparut, son front rayonnait comme celui d'un homme qui a subi la présence éclatante d'un dieu. Il alla s'agenouiller devant la statue de Fô et pria longuement. Puis, tourné vers l'assemblée, les yeux extatiques, il dit avec lenteur:

—Ces deux hommes ne sont pas des espions. Nous ne courons aucun danger. Retirez-vous, mes hôtes.

Les conspirateurs ne se hâtaient point d'obéir.

—Nous séparer, objecta une voix, sans avoir désigné celui qui doit frapper et celui qui doit régner?

—Les Pou-Sahs vous l'ordonnent, répliqua le Grand Bonze.

Il leva les mains vers l'image de Kouan-Chi-In et ajouta:

—Que la miséricordieuse Kouan-Chi-In détourne de moi sa face si sa volonté n'a point parlé par ma bouche!

La statue d'or ne bougea point. La foule fut convaincue et s'écoula silencieusement par une galerie obscure qui s'ouvrait derrière un des quatre gardiens de Fô.