Cent voix éclatèrent, répondant:
—Nous lui reprochons d'avoir posé sur notre cou son pied tartare! C'est lui qui nous contraint à porter de ridicules nattes entre nos deux épaules! Chinois, nous voulons un maître chinois! En haut les Mings, en bas les Tsings!
—En haut les Mings, en bas les Tsings! répéta furieusement l'assemblée tout entière, et le Grand Bonze s'écria: «Gloire à Kouan-Chi-In, qui unit tous nos esprits dans une seule volonté!»
Puis, quand le silence fut rétabli, il ajouta:
—Mais il ne suffit pas de vouloir d'une façon vague et incertaine. Kang-Si doit mourir; qui le frappera? Kang-Si frappé, qui régnera?
Ces paroles gravement prononcées rendirent les auditeurs pensifs. En effet, qui régnera? se disaient les personnages illustres en se regardant l'un l'autre d'un œil fier. Et les pauvres gens, n'ignorant point que les plus dures besognes sont d'ordinaire imposées aux plus humbles, se poussaient du coude en murmurant: «Qui frappera Kang-Si?»
—Qui frappera? qui régnera? répéta le Grand Bonze.
En ce moment un grand bourdonnement de voix et de pas se fit entendre, et d'une porte tout à coup ouverte jaillirent au milieu de l'assemblée, deux hommes furieux, les mains liées, et trébuchant et poussés par des bras brusques et nombreux.
—Voici des espions que nous avons surpris rôdant autour de la pagode, dirent ceux qui les poussaient.
Tous les assistants frissonnèrent. Plus d'un pâlit. Le Chef de la Table Auguste essaya de se dérober derrière son voisin, de sorte qu'un Chef de Troupe, en le suivant des yeux pensa: «Celui-ci, un jour, pourra nous trahir.» Cependant le Grand Bonze étendit les bras et dit: