—Tu as vu son palais, répondirent les serviteurs; que veux-tu?
—J'ai péché un Poisson Jaune, le plus magnifique qu'on puisse voir. Il est de l'espèce de ceux qu'il est interdit à tout homme de manger, et qui sont réservés à la bouche vénérable du Fils du Ciel; je viens l'offrir à votre noble maître pour le repas de l'empereur.
—Ce serait en effet un plat très-somptueux. Entre dans la cour; nous appellerons les cuisiniers.
Le pêcheur passa entre les deux grands lions de bronze de la porte et pénétra dans la première cour, pendant que les serviteurs s'éloignaient du côté des cuisines, en lui faisant signe d'attendre. Il déposa lentement son fardeau à ses pieds et ôta sa calotte pour s'essuyer le front avec sa manche; puis il promena ses yeux sur les beaux bâtiments qui entouraient la cour et sur la gracieuse galerie aux treillis dorés qui circulait, peinte et fleurie, devant les appartements du premier étage.
Les cuisiniers arrivèrent, ayant leurs nattes roulées autour de la tête, vêtus de robes de coton bleu que recouvraient des tabliers carrés de même étoffe. L'un d'eux, qui ne portait pas de tablier, s'avança, les bras croisés.
—Il y a huit jours que tu as péché ce poisson, dit-il d'un air dédaigneux.
—Il vit encore, dit le marchand en poussant la bête du pied.
Le poisson bâilla et se tordit faiblement.
—Soit, reprit le cuisinier; mais il aura peut-être un goût trop prononcé de vase.
Le pêcheur se mit à rire.