Là-dessus il fit mine de s'en retourner.

—Où donc allais-tu avec ton poisson? demanda la sentinelle avec un commencement d'inquiétude.

—Que t'importe, puisque je m'en vais?

—Explique-toi. Si tes raisons sont bonnes, je te laisserai passer.

—Oh! moi, je ne tiens pas beaucoup à passer; mon poisson m'a été payé d'avance par le Chef de la Table Auguste, qui m'attend en ce moment; et je ne risque rien, puisque je dirai que c'est toi qui m'as empêché de remplir mon devoir.

L'homme était déjà au milieu du pont; le soldat courut après lui.

—Mais entre donc, queue de mulet, groin de porc, misérable, qui veux me faire mettre à la cangue par méchanceté; tu vois bien que je ne t'empêche pas d'entrer, gueux fétide!

Et il le poussa brusquement dans la Cité Jaune.

Le marchand de poisson traversa de grandes places aux dalles grises, suivit de larges rues tranquilles, longea le rempart de brique sanglante qui enferme la Ville Rouge; puis, arrivé à la Montagne de Charbon, il la gravit et s'arrêta près d'un palais superbe, au toit couleur d'émeraude. Là il frappa de son poing fermé le gong placé devant la porte principale; deux domestiques vêtus de robes bleues et coiffés de bonnets de fourrure se présentèrent sans retard.

—Ai-je vu l'honorable palais du glorieux mandarin Koueng-Tchou, membre du Conseil Impérial et Chef de la Table Auguste? demanda l'homme.