—Je ne sais ce que je suis depuis que je t'ai vue, car je n'ai plus d'âme; autrefois j'étais un riche marchand de sabres. J'ai franchi le fossé, escaladé la muraille; pour venir vers toi j'ai des ailes.
—Yu-Tchin, pourtant, ne te connaît pas, dit-elle en baissant les yeux.
—Non. Il y a cependant bien longtemps que je te poursuis, ingrate Yu-Tchin! Chaque jour j'allais cueillir pour toi des pivoines rouges et blanches; mais elles se fanaient sans que je pusse te rencontrer. Aujourd'hui je t'en apportais, mais elles sont tombées dans le fossé.
—Vraiment? dit-elle en penchant la tête, et souriante.
Ko-Li-Tsin se rapprocha et lui prit la main, non sans tendresse.
—Ah! grands Pou-Sahs! s'écria Yu-Tchin, entends-tu ces pas? Je suis perdue! Surprise avec un homme qui n'est pas du palais, je périrai sous le bambou.
Elle se mit à courir avec effarement d'un bout à l'autre de la salle.
—Voyons, folle! dit le poëte, cache-moi quelque part.
—Oui! oui! dit la pauvre femme, en lui désignant le grand coffre d'ébène; fourre-toi là dedans et ne bouge pas.
Ko-Li-Tsin se blottit dans le coffre, qui se referma sur lui. Il se trouva soudain dans le silence et dans l'obscurité.