La lueur de quelques lanternes en soie rouge, portées par les gardes, ensanglantait les spirales de marbre noir qui montent du sol aux voûtes et les murailles confuses ou saillissent en caractères d'or les sentences des philosophes.

Au fond de la salle, sur une estrade, s'élève un fauteuil de laque, dont le dossier dessine une niche d'idole, et devant les marches de l'estrade, sur un vaste écran de satin noir, apparaît, finement brodé, le mystérieux symbole du Tang. C'est un lion monstrueux qui veut dévorer le Soleil: les poils de sa queue retroussée retombent comme les branches d'un saule; son corps est entièrement bleu; sa face, hérissée de moustaches roides, ouvre une gueule profonde, armée de dents; le Soleil est représenté sous la figure d'un jeune homme vêtu de blanc, dont le visage est rouge et qui a des yeux d'or.

Un mandarin-juge entra majestueusement et alla s'asseoir sur le fauteuil de laque; deux mandarins de second ordre se tinrent debout à côté de lui.

Des gardes firent avancer Ko-Li-Tsin en tirant la corde qui lui serrait le cou et lui enjoignirent de s'agenouiller. Mais il s'assit sur un bloc de marbre scellé au sol, qui était un tabouret de torture.

—Rebelle, dit le juge, quel est ton nom?

—Un joli nom, dit le poëte en s'inclinant avec politesse: Ko-Li-Tsin.

—Où es-tu né?

—Ah! j'étais fort jeune alors! et, comme je n'ai jamais vu mes parents, je ne sais pas où je suis né. La première fois que je me suis rencontré j'avais huit ans; c'était sur la place d'une belle cité, dans la province de Ho-Nan.

—Quels sont tes parents?

—Une rou-li sans doute et un immortel, dit Ko-Li-Tsin en riant.