—Quelle est cette femme? dit le bonze.
—Celle qui m'a sauvé et nous a sauvés tous.
—Qu'elle soit la bienvenue!
Et le Grand Bonze, aidant Yu-Tchin à soutenir le poëte, gravit l'escalier d'albâtre. Ils arrivèrent en peu de temps au pavillon qu'habitait l'empereur, et entrèrent dans une belle salle peu éclairée de quelques lanternes obscures.
—Approche, dit Ta-Kiang, après que le Grand Bonze l'eut à voix basse prévenu de la nécessité où le Dragon se trouvait de fuir sans perdre un moment.
Ko-Li-Tsin s'avança.
—Permets-lui de ne pas s'agenouiller, dit le Tao-Sée; il s'est fait presque tuer pour ne pas te trahir, et il est couvert de blessures.
—Tu as fait ton devoir en serviteur dévoué, dit l'empereur; je te récompenserai. Mais à présent écoute mes dernières paroles. Je pars, je vais, traversant les villes et les villages sur un cheval de bataille, soulever des peuples, entraîner des troupes à ma suite, et, grossissant mon armée à chaque pas, je reviendrai formidable. Toi, reste à Pey-Tsin, et sèmes-y la révolte. Donne des armes à tous les hommes robustes. Je te nomme général de l'armée que tu auras conquise. Aujourd'hui nous avons fait une faute. Si le sabre n'a pas atteint le cœur de l'ennemi, c'est que le sabre avait été confié à une main faible et indigne. Désormais que les femmes ne soient plus mêlées aux graves travaux. J'ai parlé.
—Maître, dit Ko-Li-Tsin, si tes ordres ne sont pas exécutés, c'est que je serai mort ou prisonnier.
Une musique guerrière se fit entendre dans le lointain.