Pour calmer son cœur elle pensa au fier regard et au front superbe de celui qu'elle adorait.

Elle releva la tête; les yeux dans les murailles brillaient toujours. Cependant elle vit un large espace complètement noir. Baissant les paupières et étendant les mains, Yo-Men-Li se dirigea rapidement vers lui. C'était une porte. La jeune fille en écarta les draperies moelleuses, puis elle resta immobile sur le seuil.

La lune éclatait, bleue et claire, de l'autre côté du rideau; mais ce n'était pas une chambre qu'elle éclairait; c'était un lac. Yo-Men-Li vit distinctement des roseaux et des bambous se refléter dans l'eau pure, des saules fins y tremper leurs branches, et des nénuphars entr'ouvrir leurs coupes blanches à sa surface. Plus loin elle vit un pont léger qui se courbait; et, auprès des rives, des cormorans dormaient, un pied dans l'eau.

—Il me faudra donc revenir en arrière et traverser de nouveau ces salles effrayantes, dit Yo-Men-Li avec désespoir.

Elle tourna la tête et vit les yeux farouches qui brillaient comme des étoiles rouges.

—Oh! non; j'aime mieux mourir tout de suite.

Laissant retomber la draperie, elle descendit la pente de la berge et avança sa tête, qui se refléta dans l'eau.

—Ta-Kiang! soupira-t-elle.

Et, prise de vertige, elle s'élança, faisant fléchir les roseaux et tomber de clairs diamants qui roulèrent sur le lac. Mais son pied rencontra une surface solide. Le lac n'était qu'un vaste miroir, fait d'acier lumineux.

—Quoi! dit Yo-Men-Li, l'eau elle-même me repousse et la mort ne veut pas de moi!