Et elle se recula vivement; mais le plat d'or que son pied heurta rebondit sur les dalles et un bruit métallique éclata dans l'obscurité.

Yo-Men-Li s'enfuit, égarée.

—Je veux sortir de cette salle, soupira-t-elle, car toutes les terreurs y habitent.

Elle atteignit la muraille et chercha frénétiquement une issue; un lourd rideau s'écarta sous sa main; palpitante, elle se précipita hors de la Salle du Repas Auguste.

Une clarté presque insensible emplissait la chambre où Yo-Men-Li venait d'entrer; c'était une lumière vague, indécise, n'éclairant rien, mais blanchissant doucement l'obscurité; on eût dit de la neige sous une nuit noire: la lune s'était levée et caressait faiblement les fenêtres où s'enchâssaient entre des nervures d'or des coquillages nacrés aux pâles transparences.

Yo-Men-Li avança d'un pas ferme; mais le claquement de ses semelles sur le sol lui fit peur.

—S'il y avait des hommes dans cette chambre, pensa-t-elle, des hommes endormis qui s'éveilleraient brusquement! oh! combien leur effroi serait moins violent que le mien!

Elle retint son souffle et marcha lentement. Parfois elle frôlait le ventre rebondi d'un grand vase de porcelaine ou le rebord d'une balustrade de laque. Soudain le bruit de ses pas s'éteignit; elle foulait un épais tapis de fourrures: sans s'en apercevoir elle avait pénétré dans une autre salle. Elle s'arrêta, épouvantée: elle voyait de toutes parts, dans les murailles, des yeux flamboyants qui la regardaient avec courroux; on eût dit d'une troupe innombrable d'affreux oiseaux aux prunelles lumineuses, perchés sur des buissons noirs.

Yo-Men-Li cacha son visage dans sa main.

—J'ai versé le sang du Ciel, murmura-t-elle; j'ai vu sur la poitrine auguste une larme rouge au milieu des pierreries; voici les Pou-Sahs terribles qui demandent vengeance. Oh! Ta-Kiang! Ta-Kiang!