—Mais toi-même, qui es-tu, cher petit frère? reprit le prince, qui regardait en souriant les vêtements menteurs de Yo-Men-Li. Dis-moi pourquoi tu es ainsi vêtue, et pourquoi tu étais à cette heure dans la Salle d'Airain, faisant un tapage si épouvantable? Ne voulais-tu pas me tuer, comme on a voulu tuer aujourd'hui mon père bien-aimé?
La jeune fille frissonna; mais le prince lui riait si doucement qu'un peu rassurée, elle pensa: «Il faut cacher l'émoi de mon cœur et user d'artifice. Ce jeune homme me fera sortir du Palais.»
—Laisse-moi, dit-elle, m'agenouiller devant toi et te rendre l'hommage qui t'est dû.
—Regarde-moi avec des yeux moins sombres: ainsi tu caresseras mon cœur plus agréablement que par un salut.
Yo-Men-Li s'était levée, écartant les fourrures qui l'enveloppaient.
—Je dois m'humilier devant l'Héritier du Ciel, dit-elle, devant le maître futur de l'Empire.
Le jeune homme s'assit sur le banc d'honneur, et, prenant les mains de Yo-Men-Li, il l'attira près de lui.
—Laisse-moi tenir tes petites mains et parle-moi avec ta douce voix d'oiseau. Je serai plus honoré que si tu frappais le sol de ton front.
Yo-Men-Li, frémissante, n'osait pas retirer ses mains.
—Tu ne sais donc pas, adorable amie, continua le prince Ling, que si tu étais entrée ailleurs que chez moi on t'aurait emprisonnée et torturée pour savoir ce que tu faisais la nuit dans le Palais Sacré? Je suis bien heureux que le Pou-Sah des rencontres t'ait conduite vers moi. Dis-moi qui tu es, et je serai plus glorieux qu'un immortel.