—Je lui poserai moi-même cette aigrette de rubis sur le front; je pourrai ainsi toucher un instant ses cheveux lisses. Et ce bracelet d'escarboucles? peut-être aimera-t-elle son éclat de soleil et me donnera-t-elle, en échange du bijou, son bras de jade à baiser.

Il prit encore des colliers d'émeraudes, des agrafes de corail, des bagues de topaze, puis remonta vers le Palais, écoutant, le cœur gonflé de joie, la huitième heure du matin qui tintait sur le gong du Portail Serein.

En rentrant dans sa chambre, le prince s'arrêta devant un large miroir d'acier poli, semblable à la lune sur les roseaux; il se vit, les joues empourprées par la fraîcheur du matin, les mains ensanglantées par les épines, les vêtements ruisselants de rosée, les bras enlacés de colliers flamboyants, les cheveux étoiles de fleurs et de lueurs, et les yeux pleins d'amour.

—Ah! s'écria-t-il en souriant, m'aimerait-elle si elle me voyait ainsi, outragé par les ronces et chargé comme un paysan qui se rend au marché?

Il versa tous les bijoux dans une grande corbeille de porcelaine et plaça sur la table de laque la jonque pleine de fleurs.

—Allons, reprit-il en frappant sur un petit gong d'argent, qu'on apporte les parfums les plus purs, les plus superbes costumes, et qu'on m'habille! Si ma bien-aimée me surprenait ainsi, elle me prendrait pour un homme vil.

Des serviteurs entrèrent. Les uns portaient de larges coffres de laque fleuris d'or, d'où ruisselaient à demi déployées des étoffes resplendissantes; les autres des plateaux d'or débordant de plumes multicolores, d'aigrettes, de calottes brodées, des boîtes précieuses renfermant les globules honorifiques, et des vases de jade où fumaient des parfums.

Le prince, impatient, plongea ses bras dans les coffres et retira les vêtements l'un après l'autre. Il dispersait à terre ceux qui ne lui plaisaient pas. Lorsqu'il eut préféré une robe qui lui sembla digne de plaire à Yo-Men-Li, il se livra aux serviteurs qui le lavèrent avec du lait odorant, l'inondèrent de parfums, mêlèrent à sa longue natte des brindilles de soie, puis le revêtirent du costume choisi. C'étaient une robe de damas, couleur de saphir, ramagée de broderies d'or et bordée d'une haute bande de satin dont les couleurs alternées formaient un triple arc-en-ciel ondoyant, un manteau court, aux larges manches, en satin jaune, qui portait sur la poitrine et sur les épaules le Dragon à Cinq Griffes, et une calotte de brocart jaune surmontée d'une petite couronne finement découpée. Couvert de ces splendeurs, il mit à son pouce une bague d'or au chaton formé d'un gros rubis conique et lisse, dont la douce caresse rafraîchit les paupières, puis, ayant fait appeler l'eunuque muet, il lui dit:

—Vas attendre ma bien-aimée à la porte de la Ville Rouge; il est temps.

L'eunuque s'éloigna.