De plus savants que toi hésiteraient.

FAN-SOU

Eh bien! comme l'homme n'a de penchants que pour les choses laides, viles et nuisibles, et qu'il aime la femme par-dessus tout, on en a conclu que la femme ne valait rien. (Elle s'enfuit.)

PÉ-MIN-TCHON

Petite rusée, ta riposte est bonne, mais elle ne répond qu'à la moitié de ma question. (Il la poursuit.)


SCÈNE VIII

SIAO-MAN

SIAO-MAN, déguisée en homme, sort de la maison.

Que disait-il donc à Fan-Sou? Ah! pourvu que son projet réussisse. Je compte bien plus sur elle que sur moi-même. Voyons, un peu de courage. Qui pourrait reconnaître une femme sous ces habits de jeune garçon? Je vais m'asseoir sur ce banc, comme si j'étais las d'une longue promenade. (Elle s'assied.) Tiens! il a justement oublié son livre! Il va revenir, sans doute. Alors je lui dirai: Seigneur, est-ce toi qui a laissé là ce livre? Il faudra dire cela d'une voix ferme, mâle... je n'oserai jamais. Je tremble déjà comme s'il faisait froid. Ah! il faut aussi prendre une posture d'homme!... Voyons. (Elle prend une position.) Non, je ne dois pas tenir mon pied dans ma main; c'est un geste de femme coquette. (Elle change de pose.) Jamais je n'ai vu un homme s'asseoir; il me semble que sur les peintures, je les ai vus représentés ainsi; il vient! Je vais mourir de peur; mon cœur est comme un oiseau pris au piège.