«Elle était déjà arrêtée dans la grande allée, devant le gong de justice et tenant toujours par les longs cheveux la tête de Khisak. Tout à coup, cette tête tournoya et vint frapper violemment le disque sonore.
«Oh! les sons lugubres et terrifiants!
«A chaque heurt du crâne, ils s'enflaient, grondaient, roulaient d'échos en échos, bruit d'écroulement, de cyclone, de flots déchaînés. C'était un prodige. Le ciel parlait, et toute la ville l'entendit.
«On accourait de tous côtés; les gardes jetaient leurs armes, les esclaves se prosternaient, le peuple tendait les bras.
«Et la veuve, avec la tête de l'époux, frappait toujours, et dans le formidable tumulte on croyait entendre les plaintes des opprimés, les cris de fureur, les cris de vengeance.
«To-Ding sortit du palais, le fouet de commandement à la main, au milieu des guerriers chinois de son escorte. Il croyait, par sa présence, imposer le respect, réduire au silence cette populace. Mais lorsqu'il parut au sommet des marches, une telle clameur de haine éclata que le tyran devint pâle et fit un pas en arrière.
«Fleur-Royale cessa de frapper le gong; parmi les armes qu'on avait jetées sur le sol, elle ramassa un arc, prit une flèche dans un carquois et la lança vers To-Ding. Le Ciel conduisait son bras, car la flèche atteignit le monstre qui tomba sur un genou.
—Ma sœur fidèle, va, et tranche-lui la tête, me cria Fleur-Royale. Ce glaive est pour cette action en ta main.
«Aussi prompte que sa volonté, j'obéis à ma sœur; je gravis les marches en deux bonds et, aidée aussi par le Ciel, d'un seul coup je fis tomber la tête de To-Ding.
«Des mandarins annamites avaient saisi à la gorge les guerriers chinois, qui voulaient se porter au secours de leur maître; ils les renversaient et les terrassaient, tandis que je montrais à la foule la tête grimaçante du tyran.