«Fleur-Royale posa le pied sur le corps de ce pourceau qui dégorgeait une cascade rouge du haut de l'escalier.
«Elle fit un geste de la main et un profond silence s'établit.
—Vois, peuple, dit-elle, vois ce que deux femmes ont pu faire: le noble Khisak est vengé, et toi, te voilà délivré de l'odieuse tyrannie qui t'écrase depuis si longtemps. Ce que vos cent mille bras robustes n'ont même pas tenté, nos mains fragiles l'ont accompli. N'avez-vous pas honte? Ne voulez-vous pas achever l'œuvre, prendre votre part de gloire!
«Une seule voix formidable clama:
—Oui, oui, nous le voulons: parle! parle encore!
—Eh bien! jetez loin de vous, et à jamais, les tronçons de la chaîne brisée; redevenez libres, chassez l'envahisseur, le Chinois vorace, chassez-le du palais, de la ville, du royaume; rendez au pays des Giao-Gi l'indépendance qu'on lui a ravie. N'hésitez pas, ne tardez pas: aujourd'hui, à l'instant même, devant ce sang impur qui souille notre sol, choisissez un chef, qui vengera nos ancêtres et vous conduira à la victoire!
—Toi! toi seule! clama la foule, sois le roi, sois le maître: nous l'obéirons, nous te suivrons.
«Elle resta un instant silencieuse, les yeux levés vers le ciel, puis elle dit d'une voix ferme et haute:
—Les dieux m'ordonnent d'accepter. Ils me guideront et me soutiendront. Je serai votre volonté et vous serez ma force. Le roi de l'Annam vous le jure ici: Il va vous délivrer et conquérir son royaume!...
«Et Fleur-Royale étend les mains comme pour prendre sous sa protection tout ce peuple prosterné.