«Autrefois, le kin n'avait que cinq cordes répondant aux cinq éléments: les métaux, le bois, l'eau, le feu et la terre, et aussi aux cinq tons de la gamme: Kong, San, Kio, Tse, Hu.
«Au temps de Yao et de Chun, on touchait le kin à cinq cordes et l'on chantait les vers intitulés: Nan Fong (le Vent du Sud), et l'État était florissant.
«Plus tard, Wen-Wang, de la dynastie des Tchéou, qui avant d'être empereur, prisonnier à Kinely, était au service de la dynastie des Yuen, pour rendre hommage aux mânes de son fils Pé-hy-Ko, ajouta une corde à la lyre, à l'expression triste, pure, douloureuse, sombre. On l'appelle la corde de Wen-Wang; son fils Wou, ayant détrôné et tué le dernier empereur des Chang, restaura la musique noble, en réprouvant la danse. Il ajouta encore au kin une corde, au son éclatant, qu'on appelle la corde de Wou. Le kin eut alors sept cordes.
«Il y a six états de choses redoutables au kin: le trop froid, le trop chaud, le grand vent, la grande pluie, l'orage, la neige.
«Il y a sept circonstances dans lesquelles il faut s'abstenir de toucher au kin: à l'annonce d'un deuil; si l'on joue d'autre musique dans le voisinage; quand on est trop préoccupé par des affaires; quand on n'a pas pris le temps de purifier son corps; quand on n'a pas de vêtements élégants; quand on n'a pas allumé les parfums; quand il n'y a pas là un auditeur digne d'entendre.
«Les huit grandes beautés du kin sont: la pureté, la rareté, le mystère, l'élégance, la mélancolie, la force, la réflexion, l'étendue.
«Quand on le joue en perfection, le tigre qui miaule, s'il entend, se tait, et le singe, gémissant dans les branches, cesse d'être triste. Tels sont les bienfaits du kin.»
Devant ce ruissellement de paroles, Pé-Ya pensa que le bûcheron n'avait peut-être seulement qu'une excellente mémoire.
—Mais cela est déjà rare, se dit-il, et je vais l'interroger encore.
Et s'adressant au bûcheron, il ajouta: