—Je voudrais voir Tse-Tchi, répondit Pé-Ya.
En entendant cela, les yeux troubles du vieillard s'emplirent de larmes, et ces larmes coulèrent, et en sanglotant il répondit:
—Tse-Tchi-Tson était mon fils!... L'année dernière, le quinzième jour du huitième mois, il revenait, assez tard, de son travail de bûcheron, lorsqu'il rencontra un ministre du royaume de Tsin, le seigneur Yu-Pé-Ya. Ils causèrent ensemble et se trouvèrent d'accord sur toutes choses, si bien qu'avant de le quitter, le seigneur donna à mon fils deux tablettes d'or. Tse-Tchi acheta des livres pour étudier, et moi, pauvre vieux sans intelligence, je n'eus pas la pensée de l'arrêter: chaque matin il portait de lourdes charges, chaque soir il étudiait assidûment. Par tant d'efforts il usa son cœur; il devint faible et malade ... depuis quelques mois déjà, il est mort!...
Pé-Ya fut comme foudroyé par cette nouvelle; des larmes jaillirent de ses yeux, il poussa des cris de désespoir et tomba évanoui au pied des monts.
Le vieillard, très effrayé, les yeux gonflés de larmes, le releva.
—Quel est donc ce seigneur? demanda-t-il au jeune serviteur.
Celui-ci se pencha tout près de son oreille, et lui dit:
—C'est monseigneur Yu-Pé-Ya.
—Oh! c'est le si cher ami de mon fils!... Yu-Pé-Ya revint à lui, avec des hoquets et des suffocations de douleur. Il se battait la poitrine et exhalait par des sanglots sa profonde désolation.
—O sage frère! s'écria-t-il, lorsque hier au soir mon bateau jeta l'ancre, je pensais que vous manquiez à votre parole. Je ne me doutais pas que vous étiez déjà une ombre, errant au bord des sources souterraines. Vous aviez de rares talents, mais vous n'avez pas eu longue vie.