Le vieillard secoua ses larmes et essaya de consoler l'ami de son fils.
Pé-Ya se leva et salua le vieux Tson.
—O! mon oncle! dit-il, le cercueil de votre fils est-il encore dans la maison ou enterré déjà dans la campagne?
—Je ne peux répondre en un seul mot, dit Tson. A ses derniers moments, tandis que ma femme et moi nous étions près de son lit, mon fils me dit:
«Le ciel seul décide si la vie sera longue ou courte. Il ne me permet pas, à moi, d'accomplir mes devoirs envers mes parents comme il le faudrait. Quand je serai mort, je vous prie de m'enterrer au bord du fleuve au pied du mont Ma-Hine, car j'ai promis à mon ami de revenir à cette place. Je ne veux pas manquer au rendez-vous.»
Je n'ai pas oublié les paroles de mon fils: au bout de cette petite route, par laquelle monseigneur est venu, il y a un monceau de terre fraîchement remuée: c'est là le tombeau de mon fils. Aujourd'hui il y a juste cent jours que Tse-Tchi est mort. Pour cet anniversaire, j'apportais un paquet de papiers dorés afin de les brûler sur sa tombe. Je ne pensais guère rencontrer votre Seigneurie.
—Je veux vous suivre jusqu'au tombeau, dit Pé-Ya.
Et il ordonna à son domestique de porter le panier du vieillard.
S'appuyant sur son bâton, il marcha devant, et Pé-Ya, avec son serviteur, le suivit. Ils redescendirent vers l'entrée de la vallée, et bientôt aperçurent, à gauche du chemin, une éminence de terre fraîchement amassée. Pé-Ya s'arrêta et fit un salut solennel.
—Sage frère, de votre vivant, vous étiez un homme supérieur, maintenant que vous avez quitté la terre, vous méritez d'être divinisé. Votre frère ignorant vous salue cette fois pour vous dire un adieu éternel....