Le roulement des chars de guerre, répercuté par les gorges des montagnes, le piétinement cadencé des chevaux en marche, le heurt des armes, les ordres hurlés par des voix rauques, les galops précipités sur les pentes vertes des collines; puis la mêlée furieuse, sous les étendards qui flottent et le hérissement des lances[1]!

L'océan chinois a débordé dans les vallées de l'Annam, mais la libératrice du royaume se dresse devant lui comme une digue, l'empêche d'aller plus loin, le repousse.

Elle conduit le centre de l'armée, Tige-d'Or commande l'aile droite, Lée-Line l'aile gauche.

Et les heures brûlantes s'écoulent, la lutte s'acharne sans répit. C'est la confusion, le carnage, le délire du désespoir.

Cependant Lée-Line fait des prodiges. Peu à peu devant lui l'ennemi recule, harcelé par ses deux glaives qui semblent des serpents furieux dont chaque morsure ouvre une fontaine sanglante.

Mais, hélas! que de morts, que de vides dans l'héroïque armée de Fleur-Royale! Un contre dix au début du combat, les soldats de l'Annam ne sont plus qu'un contre cent. Et pourtant, ce sont eux à présent qui marchent sur la terre chinoise: ils refoulent dans les gorges étroites les guerriers du Fils-du-Ciel.

Ceux-ci, harassés d'avoir tant tué, ont l'air de céder, de s'enfuir. Leur chef Lu-Lan, blessé au visage, du geste et de la voix les entraîne en arrière et bientôt tous s'éloignent, disparaissent, abandonnent le lieu du combat.


—Lée-Line! Lée-Line! Fleur-Royale l'appelle: elle est blessée, blessée à mort!

Tige-d'Or a rejoint le prince qui poursuivait l'ennemi, et Lée-Line, avec un sursaut douloureux, s'arrête court, tourne bride, revient ventre à terre.