—Trois liangs d'or, dit à tout hasard la vieille femme.
—Je vais te les donner.
La batelière ouvrit des yeux démesurés, et lorsqu'elle vit briller les liangs, elle les saisit vivement, sauta sur le rivage et, après plusieurs saluts, s'éloigna avec rapidité.
Elle craignait que la jeune acheteuse ne se ravisât; elle avait vendu son bateau à peu près le triple de ce qu'il valait.
—Tu trouveras dans la cabine quelques provisions et deux mesures de riz que je te laisse par dessus le marché! s'écria-t-elle de loin.
—Pourquoi s'enfuit-elle si vite? se dit Lon-Foo; j'aurais bien voulu lui demander quelques renseignements sur la façon de diriger le bateau.
A ce moment, un paysan arriva au bord de l'eau et sauta dans la barque.
—Allons, vite, dit-il, je suis pressé, passe-moi sur l'autre rive.
Lon-Foo, assez embarrassée, descendit dans le chan-pan avec de grandes précautions, puis elle s'assit et prit les rames; mais elle s'en servit avec tant d'inexpérience, que le bateau oscilla, fit mille zigzags et avança fort peu.
—Perds-tu l'esprit? s'écria le paysan avec colère, et veux-tu me faire chavirer?