—Je suis mal éveillée encore, dit Lon-Foo.
Elle atteignit cependant l'autre bord du fleuve, et le paysan, après avoir violemment injurié la batelière, s'éloigna sans payer le prix du passage.
Lon-Foo, sous ces injures, eut envie de pleurer; mais elle se remit bientôt.
—Bah! dit-elle, si cet homme savait que je suis recherchée par l'empereur, il se traînerait à mes pieds, le front dans la poussière.
Pendant tout le cours de la journée, la jeune batelière eut plus de peine encore à diriger son bateau à travers les embarcations de toute sorte qui sillonnaient le fleuve; bien des fois elle faillit chavirer; mais le soir, elle savait aussi bien que personne conduire un chan-pan sur le fleuve Bleu.
Brisée de fatigue, elle dormit dans la rustique cabine en nattes de bambou, d'un sommeil qu'elle n'avait jamais goûté dans sa jolie chambre de jeune fille.
IV
Pendant ce temps, l'empereur Hoaï-Tsong, irrité de rencontrer des obstacles à l'accomplissement de sa volonté, était entré dans une violente colère; il avait maltraité ses ministres et menacé plusieurs d'entre eux de leur faire trancher la tête si Lon-Foo n'était pas retrouvée dans un temps déterminé. Le palais et la ville étaient donc dans une agitation extraordinaire; des récompenses furent promises à ceux qui donneraient des nouvelles de la jeune fugitive. Des courriers partirent vers toutes les provinces, et bientôt l'empire entier chercha la belle Lon-Foo demandée en mariage par l'empereur.
Le bruit de l'aventure arriva jusqu'aux oreilles de Li-Tso-Pé, qui était allé défendre les frontières menacées par les Mongols. Le jeune homme, mordu au cœur par l'inquiétude, quitta aussitôt son poste et reprit la route de Nankin.